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09.04.2026 12:35 AM
EUR/USD : quand les armes se taisent, les taux d’intérêt prennent la parole

Les facteurs fondamentaux géopolitiques et politiques ne « durent » généralement pas longtemps sans soutien informationnel. Prenons, par exemple, les événements récents au Venezuela. Les actions entreprises par les États-Unis au Venezuela ont déclenché une poussée de sentiment de rejet du risque, permettant au dollar, valeur refuge, de se renforcer. Cependant, la « piste vénézuélienne » a été rapidement oubliée lorsque Maduro s’est retrouvé dans une prison américaine et que le pouvoir dans le pays est passé à des responsables politiques contraints de coopérer avec les États-Unis.

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Nous pouvons rappeler d’autres épisodes géopolitiques qui ont brièvement déclenché des pics de volatilité sur les marchés. Par exemple, en novembre de l’année dernière, le Premier ministre japonais Fumio Kishida a déclaré que le Japon « pourrait mener une intervention militaire si la Chine tentait de s’emparer de Taïwan ». À ce moment-là, les relations entre le Japon et la Chine s’étaient nettement détériorées et la demande d’actifs refuges sur le marché des changes avait augmenté. Toutefois, ce facteur géopolitique (heureusement) n’a pas trouvé de prolongement, ce qui a permis aux traders de tourner la page de cet épisode.

Le « dossier iranien », dans ce contexte, se révèle plus tenace et restera probablement au centre de l’attention plus longtemps. Néanmoins, si les parties s’assoient réellement à la table des négociations et progressent vers un accord, l’agenda géopolitique perdra progressivement de son importance. Cela vaudra tout particulièrement si l’Iran débloque le détroit d’Hormuz et reprend le trafic maritime dans la région. Dans ce scénario, les publications macroéconomiques et les perspectives de divergence de politique monétaire entre la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale passeront au premier plan. Si le dollar se sent à l’abri dans la « cuisine géopolitique », sa position apparaît beaucoup moins solide lorsque l’on tient compte des facteurs macroéconomiques.

Selon plusieurs experts (notamment les analystes de Commerzbank), il est peu probable que la BCE se précipite pour relever ses taux d’intérêt en avril si la trêve de deux semaines est maintenue d’une manière ou d’une autre – soit par un accord, soit par une prolongation du processus de négociation. Formellement, il s’agit d’un signal négatif pour l’euro (et pour les acheteurs de l’EUR/USD). Mais il est important de garder à l’esprit que, dans les mêmes conditions, la Fed commencera probablement à signaler sa volonté d’abaisser les taux. Les dernières publications macroéconomiques (NFP, ISM Services) ont contribué à renforcer le ton accommodant de la Fed.

Plus précisément, selon les dernières données sur les Non-Farm Payrolls, le salaire horaire moyen en mars n’a augmenté que de 0,2 % sur un mois, tandis que la progression annuelle a ralenti à 3,5 % (un plus bas de plusieurs années). Pour la Fed, c’est le signe que les tensions inflationnistes en provenance du marché du travail s’atténuent. En outre, le marché de l’emploi continue de se refroidir, malgré la croissance « explosive » de l’emploi en mars, largement due au secteur de la santé, avec le retour au travail de salariés après les grèves de février. Il est clair qu’il s’agit d’un facteur ponctuel, et non d’une tendance durable. De plus, de nombreuses autres composantes du rapport de mars sur les Non-Farm Payrolls ont suscité des inquiétudes – comme la baisse du taux de participation à la population active à 61,9 % et la hausse du taux de chômage U-6 à 8,0 % (contre 7,9 %). Par ailleurs, la durée moyenne hebdomadaire du travail a reculé à 34,2 heures.

L’indice ISM Services, publié lundi, n’a fait qu’assombrir un peu plus le tableau, même si le chiffre « principal » reste en zone d’expansion. Dans le même temps, le sous-indice de l’emploi est tombé à 45,2, ce qui indique que les employeurs réduisent activement leurs effectifs. Le secteur des services étant crucial pour l’économie américaine, ces tendances laissent entrevoir un risque d’atterrissage brutal.

Il convient également d’attirer l’attention sur le rapport sur les commandes de biens durables, publié mardi. Le volume total des commandes de biens durables a diminué de 1,4 %, atteignant son plus bas niveau depuis octobre de l’année dernière. Le principal frein a été le secteur aéronautique, avec des commandes en chute de près de 30 % (-28,6 %). Bien qu’il s’agisse d’un secteur volatil, une telle dynamique pèse sur l’ensemble du PIB industriel.

Pour l’instant, tous ces signaux macroéconomiques sont largement ignorés, la géopolitique restant au premier plan. Mais si (ou lorsque) les armes se « taisent » au Moyen-Orient, le marché tournera la page et constatera que l’économie américaine se refroidit plus vite que celle de l’Europe. Les perspectives de baisses de taux de la Fed reviendront alors au centre des préoccupations, tandis que la BCE conservera une attitude attentiste. Il convient de rappeler que le dot plot actualisé de mars continue de prévoir une seule baisse des taux cette année, et qu’en juin, la Fed sera dirigée par Kevin Warsh, un protégé de Trump.

En d’autres termes, si les hostilités ne reprennent pas au Moyen-Orient, la paire EUR/USD a de bonnes chances de conserver sa dynamique haussière – même après la dissipation de l’« euphorie » initiale liée au cessez-le-feu.

La barrière de prix clé se situe ici au niveau de résistance de 1,1720 (la borne inférieure du nuage Kumo sur le graphique quotidien). Comme on peut le constater, les acheteurs n’ont pas réussi à franchir ce niveau de résistance de manière impulsive en réagissant aux informations faisant état de violations du cessez-le-feu. Il n’y a donc pas lieu de se précipiter sur des positions longues pour l’instant : si, dans les prochains jours, les haussiers de l’EUR/USD ne parviennent pas à dépasser cet objectif, les vendeurs reprendront l’initiative et la paire s’installera probablement dans une fourchette comprise entre 1,1610 et 1,1690. Les positions longues ne redeviendront pertinentes que si les acheteurs franchissent le seuil de 1,1720 et consolident leurs positions au-dessus de ce niveau. Dans ce cas, le prochain objectif du mouvement haussier sera la zone des 1,1800, qui correspond à la borne supérieure du nuage Kumo sur le graphique quotidien.

Irina Manzenko,
Analytical expert of InstaTrade
© 2007-2026

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